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Les TNIC s’insinuent dans tous les domaines,

Numérique — quelles ressources et impacts ?

Veiller que la vague ne devienne Tsunami

lundi 10 septembre 2018, par André-Jean

Tous les jours nous découvrons de nouvelles applications numériques dans nos vies quotidiennes et professionnelles. Elles apportent des services dont il serait déjà difficile de se passer. Elles inquiètent aussi par l’obsolescence de certains métiers qu’elles semblent annoncer. Comportent-elles d’autres risques ? Le Comité de la prévention et de la précaution (CPP) a voulu se saisir de la question. Les technologies numériques de l’information et de la communication [1] semblent facile à déployer, ne demander que de l’intelligence et peu de ressources matérielles, être une contribution pour une croissance verte. Un regard sous cet angle recèle quelques surprises !

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Introduction

Marginale il y a encore quelques décennies, la protection de l’environnement, qu’elle soit entendue à l’échelle locale, continentale ou mondiale, est progressivement devenu un sujet central de préoccupation pour nos sociétés. Le concept de développement [2], émergeant après la seconde guerre mondiale et la vague de décolonisation qui s’en est suivie, évolue en celui de Développement durable approuvé par les Nations Unies en 1992. Insuffisamment porteur de rupture, ce dernier se voit substituer l’appellation de transition écologique qui, chez nous, entre même dans l’appellation officielle du ministère en charge de l’environnement. Est-il alors surprenant que le déploiement rapide et généralisé des technologies de l’information et de la communication et l’extension de leurs applications à des champs chaque jour plus nombreux et vastes provoquent des interrogations concernant leurs incidences sur l’environnement ?
Cet article s’organise en deux parties : quelques rapides coups de projecteur depuis le contexte d’études, travaux, documents, qui traitent déjà du sujet ; une esquisse de mise en regard de ce qui peut être considéré comme favorable ou négatif pour l’environnement dans le Numérique. Quelques points saillants et quelques questions sont à retenir.

Sommaire

Études, travaux, documents, abordent Numérique et environnement

Ils sont nombreux. Certains peuvent servir d’appui et de référence. Mais, il s’agit d’une liste très incomplète. Les extraits et commentaires sont purement indicatifs.

Cartographie des données du ministère de l’environnement, de l’énergie et de la mer [3]

En parallèle avec le projet de création d’une fonction de superviseur des données des ministères, la ministre de l’environnement, de l’énergie et de la mer a chargé le conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) d’une mission visant à réaliser une typologie des bases de données du ministère de l’environnement, de l’énergie et de la mer (MEEM) et des outils de diffusion associés, dans la perspective de leur activation au service des politiques publiques, et en particulier de la transition énergétique et écologique.

Ce document fournit une vue extensive sur les nombreuses bases de données détenues et entretenues par le ministère de la transition écologique et solidaire.
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Divers rapports sur l’intelligence artificielle

France IA, la stratégie française en intelligence artificielle a été présentée le 21 mars 2017 à la Cité des Sciences et de l’Industrie avec l’introduction de Cédric Villani, Mathématicien, Directeur de l’Institut Henri-Poincarré. [4]
Le rapport de synthèse #FranceIA mentionne de nombreuses autres sources et travaux :

« En France, depuis plusieurs mois, de nombreux acteurs, des groupes de réflexion et des institutions se sont emparés des enjeux de l’IA. De nombreux document ou autres initiatives en résultent : un colloque de l’Académie des Sciences a été́ organisé, plusieurs pôles de compétitivité́ ont publié des rapports ; INRIA a proposé son livre blanc ; le rapport de l’Institut Mines-Telecom aborde les différentes formes d’intelligence artificielle dans une publication récente ; de très nombreuses soirées thématiques sont organisées dans divers lieux d’innovation ; les groupes d’échange comme Paris AI accueillent de plus en plus de membres ; le fonds ISAI a lancé l’initiative « France is AI » et a proposé une cartographie interactive des startups en IA ; un colloque de la Commission Supérieure du Numérique et des Postes a été́ organisé le 14 février à l’Assemblée nationale ; un rapport de l’OPECST sur l’intelligence artificielle doit paraître incessamment ; le CNRS met en place un nouveau Groupe de Recherche en Intelligence Artificielle présidé́ par le Prof. Sébastien Konieczny ; plusieurs ouvrages de référence sont parus récemment ; le festival Futur en Seine 2017 aura pour thème l’IA, tout comme l’évènement Vivatech, etc. Ces initiatives ont permis de mettre en évidence l’excellence de la recherche française dans le domaine de l’IA et son potentiel de transfert pour des applications industrielles. Cependant, elles pointent aussi le risque pour la France de se faire distancer rapidement sur un terrain où la suprématie est assurée à l’heure actuelle par les grandes entreprises américaines et asiatiques. »

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Donner un sens à l’intelligence artificielle — Pour une stratégie nationale et européenne [5]

Rapport coordonné par Cédric Villani, Mathématicien et député de l’Essonne, Mission confiée par le Premier Ministre Édouard Philippe, Mission parlementaire du 8 septembre 2017 au 8 mars 2018.
Ce rapport aborde la question environnementale dans sa Partie 4 –L’intelligence artificielle au service d’une économie plus écologique. Au premier chef, il met l’accent sur les limites que ne manquera pas de rencontrer la croissance exponentielle du numérique : « Plus que jamais, la révolution provoquée par le développement des usages et services numériques tend à occulter leur réalité industrielle et leurs impacts environnementaux. Et pourtant, il est urgent de les prendre en compte. Il y a déjà deux ans, l’association américaine des industriels du semi-conducteur prévoyait qu’en 2040, les besoins en espace de stockage au niveau mondial, fondamentalement corrélés au développement du numérique et de l’IA, excéderaient la production disponible globale de silicium. ». S’appuyant sur certaines sources reprises ci-après, il illustre l’impasse par l’absurde : « D’ici 2040, l’énergie requise pour les besoins en calcul devrait également dépasser la production énergétique mondiale. » Et il souligne : « À l’heure où le réchauffement climatique est une certitude scientifique, il n’est plus possible de poursuivre un horizon technologique et sociétal délié de la nécessité de préserver notre environnement. »
La « Contribution de The Shift Project à la consultation organisée par la mission. » sert de source au rapport pour préciser « La réalité écologique de la révolution industrielle numérique » (Voir plus bas). Si le rapport considère avec la contribution de l’IDDRI, de la FING, du WWF et de GreenIT que « La France et l’Europe peuvent devenir le fer de lance de cette transition écologique intelligente », il plaide en même temps pour « L’intelligence artificielle au service d’une économie plus écologique ». Il alerte notamment sur les risques de l’effet rebond. Il reprend à son compte l’affirmation que « L’IA peut, doit nous permettre de penser de nouvelles formes d’usages, de partage et de collaboration, qui permettront de concevoir des modèles techniques et économiques plus sobres. » Dans ce sens, il convient de « Favoriser la convergence de la transition écologique et du développement de l’IA. » Mais, il surprend en éclairant cette piste d’illustrations étonnantes comme Le stockage sur ADN.
Le rapport argumente tout un chapitre pour « Libérer la donnée écologique ». Il propose ainsi de prolonger et étendre un mouvement déjà bien engagé par les accords internationaux, la législation européenne et nationale.
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Livre blanc Numérique et environnement — Faire de la transition numérique un accélérateur de la transition écologique [6]

Ce document a été réalisé par un groupe de travail réunissant : Damien Demailly, Mathieu Saujot (Iddri), Renaud Francou, Daniel Kaplan, Jacques François Marchandise (FING), Marine Braud, Aurélie Pontal (WWF France), Frédéric Bordage (GreenIT.fr), François Levin et Jan Krewer (CNNum), et il a été produit en 2018 par : Iddri, FING, WWF France, GreenIT.fr.
Ce livre blanc déclare : « La transition écologique est un horizon incontournable, un but à atteindre, mais son chemin peine à se dessiner. La transition numérique est l’une des grandes forces transformatrices de notre époque, mais elle ne poursuit pas d’objectif particulier. Nous voulons ici dessiner plusieurs pistes pour mettre la puissance de transformation du numérique au service de la transition écologique. » Et il en conclut : « Numérique et Environnement, deux transitions à faire converger ». Ce raisonnement semble à bien des égards trop univoque. Il n’en met pas moins en évidence « Le numérique – et sa myriade d’applications mobiles, de capteurs et d’objets connectés, de compteurs et de réseaux intelligents – peut ouvrir de nombreuses opportunités pour répondre aux défis environnementaux. […] Mais l’optimisation, sans être négligeable, ne suffira pas à répondre au défi écologique qui nécessite de diviser notre consommation d’énergie et d’autres ressources rares par 4, 5 ou plus dans les décennies à venir. » Ce document comporte « 26 propositions pour lancer le débat » en quatre parties.
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-LEAN ICT- POUR UNE SOBRIÉTÉ NUMÉRIQUE

The Shift Project (TSP) a constitué un groupe de travail dirigé par Hugues FERREBŒUF. Ce dernier a présenté un rapport intermédiaire [7] en mars 2018 pour stimuler les réactions et remarques des parties intéressées.

« The Shift Project, think-tank de la transition énergétique, a pour vocation de se saisir d’enjeux tout à la fois décisifs et délicats pour réussir cette transition. Le développement exponentiel du numérique, et la façon dont ce développement peut interagir avec les objectifs de décarbonation de nos sociétés, constituent l’un des plus importants de ces enjeux. […] Le but du travail : favoriser une maximisation de l’impact positif du numérique sur l’environnement, et une minimisation de ses impacts négatifs. Au vu des nombreuses thèses contradictoires produites sur le sujet jusqu’ici, il nous a paru utile de chercher à aboutir à un examen aussi objectif que possible de l’ensemble de ces impacts, pour en tirer des recommandations pratiques et systémiques, en phase avec les objectifs de décarbonation. »

Comme à l’accoutumée dans ses travaux, TSP s’est attaché à bien délimiter le domaine de son étude et à fournir toutes les sources des données et des référence utilisées, ainsi que les justifications aux estimations retenues. Les évaluations sont réalisées en ordre de grandeur pour établir un « référentiel environnemental du numérique » (REN) de façon à saisir l’ampleur des enjeux à traiter. Ce référentiel concerne d’un côté la production des objets matériels du numérique (terminaux, serveurs, connectiques, etc.) et de l’autre l’utilisation des TIC. Pour ces productions et usage, il porte sur les consommations d’énergie primaire, les émissions de gaz à effet de serre, l’utilisation d’eau, et les poids de métaux rares intégrés.
En conclusion provisoire, il ressort « une augmentation forte de l’empreinte énergétique directe du Numérique, […] tendance préoccupante à plusieurs égards. » [8] Cette partie sera complétée après présentation du rapport final le 4 octobre 2018 [9].
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Infrastructure numérique et environnement : l’impossible domestication de l’effet rebond

Dès 2009, Fabrice Flipo, et Cédric Gossart, Maîtres de Conférences à l’Institut TELECOM, TELECOM & Management Sud Paris ETOS / CEMANTIC alertent sur les illusions qui peuvent accompagner le déploiement des TIC [10] :

« Les technologies numériques de l’information et de la communication (TNIC) se généralisent dans un grand nombre de domaines de la vie collective et domestique. Les puces envahissent notre quotidien : automobiles, PDA, lecteurs MP3, etc. Les TNIC véhiculent une image de légèreté́ et d’absence de friction. Les coûts de transaction et les frais de transport sont ramenés quasiment à zéro. Leur effet sur l’écologie planétaire semble être nul. Mieux, elles permettent d’observer la planète et ses évolutions de loin, sans avoir l’air d’y toucher. Elles permettent la démocratie, la croissance, voire l’inclusion sociale. Les TNIC seraient-elles « par nature » favorable à l’écologie et au développement durable ? Cet article entend au contraire montrer que non seulement tel n’est pas le cas, les TIC ayant une existence matérielle de plus en plus encombrante, mais en plus la régulation de cette empreinte écologique ne semble pas aller dans le bon sens, les efforts dans le domaine de l’éco-efficacité́ étant appelés, de manière structurelle, à être contrebalancés par « l’effet rebond » - du moins tant que les conditions inhérentes à la compétition économique restent inchangées. L’analyse de l’effet rebond, ou plutôt des effets rebond, révèle en effet des régulations collectives qui, si elles ne sont pas modifiées, annihileront toujours les efforts locaux faits dans le domaine l’éco-efficacité́. »

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La guerre des métaux rares — La face cachée de la transition énergétique et numérique [11]

Avec son livre, « La guerre des métaux rares », Guillaume Pitron campe le décor :

En nous émancipant des énergies fossiles, nous sombrons en réalité dans une nouvelle dépendance : celle aux métaux rares. Graphite, cobalt, indium, platinoïdes, tungstène, terres rares… ces ressources sont devenues indispensables à notre nouvelle société écologique (voitures électriques, éoliennes, panneaux solaires) et numérique (elles se nichent dans nos smartphones, nos ordinateurs, tablettes et autres objets connectés de notre quotidien). Or les coûts environnementaux, économiques et géopolitiques de cette dépendance pourraient se révéler encore plus dramatiques que ceux qui nous lient au pétrole.
Dès lors, c’est une contre-histoire de la transition énergétique que ce livre raconte – le récit clandestin d’une odyssée technologique qui a tant promis, et les coulisses d’une quête généreuse, ambitieuse, qui a jusqu’à maintenant charrié des périls aussi colossaux que ceux qu’elle s’était donné pour mission de résoudre.

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L’Âge des low tech — Vers une civilisation techniquement soutenable [12]

Face aux signaux alarmants de la crise globale – croissance en berne, tensions sur l’énergie et les matières premières, effondrement de la biodiversité, dégradation et destruction des sols, changement climatique et pollution généralisée – on cherche à nous rassurer. Les technologies « vertes » seraient sur le point de sauver la planète et la croissance grâce à une quatrième révolution industrielle, celle des énergies renouvelables, des réseaux intelligents, de l’économie circulaire, des nano-bio-technologies et des imprimantes 3D.
Plus consommatrices de ressources rares, plus difficiles à recycler, trop complexes, ces nouvelles technologies tant vantées nous conduisent pourtant dans l’impasse. Ce livre démonte un à un les mirages des innovations high tech, et propose de prendre le contre-pied de la course en avant technologique en se tournant vers les low tech, les « basses technologies ». Il ne s’agit pas de revenir à la bougie, mais de conserver un niveau de confort et de civilisation agréables tout en évitant les chocs des pénuries à venir. S’il met à bas nos dernières illusions, c’est pour mieux explorer les voies possibles vers un système économique et industriel soutenable dans une planète finie.

Philippe Bihouix est ingénieur. Spécialiste de la finitude des ressources minières et de son étroite interaction avec la question énergétique, il est coauteur de l’ouvrage Quel futur pour les métaux ?, 2010.
PRIX DE LA FONDATION DE L’ECOLOGIE POLITIQUE 2014

Philippe Bihouix focalise son analyse en critiquant notamment Le Désastre de l’école numérique [13], et la mutation qu’elle prépare.
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Les TNIC et l’Environnement

Avant tout, il nous faut constater que les technologies numériques de l’information et de la communication fournissent un apport substantiel en faveur de l’environnement, tant dans le champ de la connaissance que dans celui de la protection ou celui de la réduction de certaines consommations. Approfondir et nourrir les interrogations est ensuite indispensable en essayant de chiffrer autant que faire se peut.

Les TNIC aident la prise en compte de l’environnement

Les thuriféraires ne manquent pas pour louer tous les services que le Numérique peut rendre à l’environnement et plus largement pour accéder à un développement durable . On peut regrouper les bénéfices du Numérique pour l’Environnement :

Mettre en œuvre la convention d’Aarhus
Collecte et surtout mise à disposition des données concernant l’environnement.
Service d’observation et de statistique de l’environnement, le troisième service public de données après ceux de l’économie et du social [14].
Le droit français intègre progressivement l’importance de la donnée et de son partage. La notion de données d’intérêt général est mentionnée par la loi pour une République numérique. En matière environnementale, les directives européennes sur l’information environnementale et l’information géographique invitent à une ouverture encore plus grande des informations liées à l’environnement, et les lois françaises récentes sur la transition énergétique et la croissance verte, ou encore sur la biodiversité comprennent des dispositions qui rendent obligatoire le partage de données.
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Optimiser les objets techniques
Conception assistée par ordinateur : réduction du poids de matière première pour la réalisation de fonctionnalités améliorées (bouteilles plastic, etc.) ; optimisation du fonctionnement des moteurs ; isolation thermique dynamique des bâtiments ; etc. bref déployer et généraliser l’éco-conception et l’éco-gestion des produits et objets techniques.
Amélioration du fonctionnement des réseaux public, notamment d’énergie et de transport : possibilité de mieux gérer les pointes et les effacements ; flux de transports publics et de véhicules ;
Gestion fine du territoire, notamment avec une agriculture de précision [15], une gestion fine des réserves d’eau, etc.
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Utiliser la numérisation et les réseaux sociaux au service de l’environnement
Réaliser une cartographie géographique multi-factorielle plus ou moins automatisée. Les technologies spatiales et notamment l’observation de la Terre, couplées aux TIC permettent déjà d’enregistrer et de conserver de très nombreuses observations sur l’évolution de nos écosystèmes à diverses échelles. Ensemble, ces technologies recèlent le potentiel de pouvoir s’assurer de la mise en œuvre d’engagements internationaux tels que ceux de l’Accord de Paris sur le climat issu de la COP 21 en 2015.
Science participative, notamment en faveur du repérage de la présence des espèces, de la qualité des écosystèmes et de leurs évolutions.
Plateforme de co-utilisation pour les espaces de travail, d’habitation ou de loisir, pour les moyens de transport et notamment de véhicule motorisés, pour l’outillage, pour la constitution de circuits courts ou pour réduire le gaspillage alimentaire, etc.
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Les TIC consomment des ressources et génèrent des pollutions [16]

« Les TNIC véhiculent une image de légèreté́ et d’absence de friction. Les coûts de transaction et les frais de transport sont ramenés quasiment à zéro. Leur effet sur l’écologie planétaire semble être nul. » Mais, comme le souligne Fabrice Flipo et Cédric Gossart dans leur article de 2009, les TIC ont « une existence matérielle de plus en plus encombrante, mais en plus la régulation de cette empreinte écologique ne semble pas aller dans le bon sens… »

Consommation d’énergie
Précisons le périmètre des TIC : Réseaux de télécommunication (d’accès et de transport, fixe, wifi et mobile) ; Data centers ; Terminaux : ordinateurs personnels (fixes et portables), tablettes, smartphones, téléphones portables traditionnels, « boxes », équipements audiovisuels connectés (y compris les téléviseurs connectés) ; Capteurs IoT (Internet of Things — L’Internet des objets est en plein développement). Les consommations d’énergie (essentiellement de l’électricité) imputables au TIC, c’est-à-dire celles nécessaires pour la fabrication des produits et pour les usages des TIC sont estimées à environ 2 000 TWh/an en 2013 et 3 000 en 2018. En rapportant la consommation énergétique du Numérique à la consommation mondiale d’électricité (elle-même en croissance de 3% par an), cette proportion passe de 11% en 2013 à 14% en 2017, et atteindrait presque 16% en 2020 par prolongation de la tendance actuelle [17].
Mais, plus que la part de consommation finale d’énergie, c’est son évolution qui doit retenir notre attention. Replacée dans un ensemble de scénarios d’évolution de la consommation énergétique du Numérique de 2010 à 2030, l’évolution constatée se rapproche de celle correspondant au scénario ayant le taux de croissance le plus élevé. Il semble que la consommation énergétique du Numérique dans le monde augmenterait d’environ 8,5% par an et qu’ainsi la part du Numérique dans la consommation finale d’énergie (elle-même en croissance de 1,5% par an) augmenterait de 50% de 2013 à 2020.
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Contribution au réchauffement climatique
En s’appuyant sur le même périmètre et compte tenu du mix électrique mondial, la part d’émissions de gaz à effet de serre (GES, et notamment de gaz carbonique CO2) attribuable au Numérique passerait ainsi de 2% en 2013 à 3% en 2020 (1,5 Gt) selon notre estimation. Ce chiffre est du même ordre de grandeur que ceux relatifs à des secteurs réputés beaucoup plus émetteurs de gaz à effet de serre. La part des émissions attribuable au numérique passerait de 2 à 3% entre 2013 et 2020 alors que celle des véhicules légers (automobiles, motos, …) est d’environ 8% en 2018 et celle du transport aérien civil comme celle du transport maritime sont d’environ 2% chacune en 2018.
Plus préoccupant encore est le taux de croissance d’environ 7% des émissions de GES dues au Numérique. En effet, cette croissance doit s’analyser dorénavant en regard des objectifs de réduction des émissions de GES tels que définis dans l’Accord de Paris au termes de la COP 21 en 2015. Au rythme de croissance actuelle, les émissions de GES du Numérique seraient susceptibles d’annihiler de l’ordre de 15 % de l’effort de réduction global nécessaire.
Il faut souligner en outre une répartition contre intuitive de l’attribution de ces émissions de GES. La phase de production des équipements occuperait une part très significative, environ 50% en 2020, dans l’empreinte énergétique totale des TIC, ainsi que dans les émissions de GES qui en découlent. Un utilisateur de smartphone (s’il garde son appareil deux ans) verra ainsi la consommation énergétique totale induite au cours du cycle de vie de cet équipement se réaliser à plus de 90% avant même son achat. Ce poids de la phase de production dans l’impact énergétique est de l’ordre de 60% pour une télévision connectée mais est bien supérieur à 80% pour un ordinateur portable.
Une bonne partie des enjeux environnementaux du Numérique n’est donc pas liée à l’usage que l’on en fait, mais en grande partie au volume de matériel produit et à son processus de production.
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Métaux et matériaux rares
Guillaume Pitron, dans son livre au titre accrocheur, La guerre des métaux rares — La face cachée de la transition énergétique et numérique, attire l’attention sur l’utilisation croissante de diverses ressources rares. Il n’est pas le premier. Philippe Bihouix dénonce « Le mensonge de la croissance verte ? » [18]. Son expertise dans la connaissance de la consommation des métaux, l’amène à plaider en faveur des Low tech [19] . Il s’agit pour lui d’alerter sur l’illusion que pourrait constituer les High tech pour résoudre les crises environnementales actuelles.
Avec d’autres, les équipements des TIC, pour leur fabrication, sont fortement consommateurs de métaux, certains rares ou critiques. Le Numérique est le principal utilisateur du gallium, de l’indium, du tantale, du ruthénium, du germanium. Chacun des smartphones en contient des quantités plus ou moins grandes et contribue à leur dispersion et aux pollutions afférentes.
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Pollutions
Les pollutions et graves dégradations environnementales liées à l’extraction des ressources minières nécessaires pour fabriquer les objets des TNIC sont trop souvent ignorées. Ces extractions ont été reléguées loin de chez nous, dans des zones reculées de pays qui acceptent de jeter un voile sur les conditions sociales et environnementales de certaines activités [20]. On sous-estime en particulier le très lourd impact de ces extractions sur l’eau : les quantités utilisées sont considérables et les pollutions engendrées dégradent pour longtemps les réservoirs disponibles.
Les déchets résultant de l’obsolescence rapide de ces objets bénéficient d’une plus grande attention, au moins dans nos pays sensibles à la qualité de l’environnement. La Directive 2002/96/CE vise à rendre obligatoire la valorisation des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE ou D3E).

Malgré cela, de nombreux déchets électroniques quittent les pays développés vers les pays en sous-développement où toute une filière s’est mise en place comme à Accra au Ghana. Dans les années 2000, une partie des déchets exportés le sont plus facilement en étant présenté comme matériel d’occasion réutilisable, mais en réalité souvent inutilisable. De nombreux enfants démontent, trient et brulent des déchets électroniques afin de récupérer les métaux comme le cuivre. Les autres débris non valorisés sont rejetés dans l’environnement ou brulés dégageant de nombreux produits dans l’air, l’eau et le sol, toxiques pour l’environnement et l’homme. La Chine est également devenue depuis les années 1980 un cimetière pour les déchets électroniques. [21]]

Le regard des journalistes permet de donner quelques coups de projecteurs sur un phénomène [22] qui, chaque année prend de l’ampleur :

Déchets électroniques : la pollution plus forte que jamais
Imprimantes, ordinateurs, smartphones... Les déchets électroniques s’accumulent à un rythme alarmant sans qu’ils soient recyclés. Des records ont été atteints avec 45 millions de tonnes.
Un torrent de déchets électroniques se déverse sans discontinuer dans le monde. En 2016, il a atteint le record de 44,7 millions de tonnes, soit 6,1 kg par habitant. C’est l’équivalent de 4 500 tours Eiffel. Un désastre environnemental qui devrait s’accélérer. Dans un rapport de l’Union internationale des communications, les experts estiment que le volume de ces déchets devrait augmenter de 17% d’ici à 2021.
Mention assez bien pour l’Europe
Actuellement, seuls 20% des déchets électroniques sont recyclés. Le reste termine dans des incinérateurs ou des décharges. C’est dans les pays d’Océanie que la production de déchets électroniques par habitant est la plus forte : 17,3 kg, dont 6% seulement sont collectés et recyclés. L’Europe fait figure de bonne élève avec un taux de 35% de déchets traités, contre 17% en Amérique et 15% en Asie. Selon les experts, tout reste à faire. Les progrès du recyclage s’avèrent trop lents. [23]

Mais, au total, le manque d’informations chiffrées, précises et fiables ne permet pas de dresser un état des lieux de ces incidences négatives pour nos environnements et pour les milieux naturels.
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Que retenir à ce stade

1. Les TNIC se développent à l’échelle mondiale avec des taux de croissance de plus de 8 % par an en consommation d’énergie finale, en émissions de GES, en consommation de matières premières rares voire stratégiques, en pollutions générées.
2. Contrairement à l’image véhiculée par ses laudateurs, le Numérique ne correspond nullement à une dématérialisation des activités humaines. Il constitue en revanche une étape supplémentaire dans la délocalisation de la matérialité de nos activités. Il contribue à ce titre à faire perdre de vue la réalité matérielle sous jacente à nos activités et la responsabilité afférente qui nous incombe.
3. Le déploiement du Numérique se heurtera comme tout autre activité matérielle humaine aux limites physiques de notre écosystème : la Terre. Et la croissance rapide de cette activité lui fera rencontrer cette limite d’autant plus rapidement.
4. Avant même d’être arrêtée par une limite physique, le déploiement massif et rapide du Numérique a déjà des incidences environnementales néfastes et en aura de plus en plus.
5. Les avantages et les bienfaits apportés par le Numérique sont indubitablement appréciés dans de très nombreux domaines et par l’immense majorité de leurs utilisateurs et bénéficiaires, y compris pour la connaissance et la protection de l’environnement.
6. Peut-on pour autant envisager de limiter le déploiement du Numérique aux seules applications et domaines bénéfiques pour l’environnement, comme pourrait le laisser entendre certains ?
7. Faudra-t-il réguler davantage les priorités d’utilisation des applications numériques ? Et selon quels critères et modalités ?
8. Pourrait-on aller jusqu’à envisager un dispositif de bonus-malus environnemental pour encadrer les nouveaux déploiements du Numérique ?

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[1Tout au long de cet article, nous utiliserons indifféremment les termes : Numérique, TNIC ou TIC pour désigner les technologies numériques de l’information et de la communication.

[2Pour une analyse critique, voire notamment Le concept de développement : la fin d’un mythe

[8Jean-Marc Jancovici, Président de TSP en donne un avant-goût dans l’article de « Stratégies » : « LA TECH EST PEUT-ÊTRE SMART, MAIS SÛREMENT PAS VERTE ! » — 26/07/2018 - par emmanuel Gavard

[11La guerre des métaux rares — La face cachée de la transition énergétique et numérique, Guillaume Pitron, Les Liens qui libèrent, 10/01/2018, ISBN : 979-10-209-0574-1

[12L’Âge des low tech — Vers une civilisation techniquement soutenable, Philippe Bihouix, Seuil, Essais Anthropocène, 03/04/2014.

[15agriculture plus intelligente, et moins polluante — rapport Villani p. 130

[16Les chiffres mentionnés dans cette partie sont largement tirés de l’étude de TSP et en particulier du

[17Illustration des dérives dans l’utilisation du Numérique, celle du Bitcoin qui, pour les besoins des calculs mis en œuvre pour sa blockchain et pour servir de support de spéculation ou d’échanges financiers douteux, aboutit à « Le comble de l’absurde : le criptojacking des bitcoins », article de Jean-Paul Delahaye, Professeur d’informatique à l’université de Lille, et chercheur au Centre de recherche en informatique, signal et automatique de Lille ; Sciences et pseudo-sciences n°325 juillet-septembre 2018.

[19Voir plus haut. Mentionnons à cette occasion le mouvement Open Source Ecology, un réseau de fermiers, d’ingénieurs et de supporters dont l’objectif est la mise à disposition d’une plateforme technologique ouverte qui permet la production aisée des 50 machines industrielles nécessaires pour construire une petite civilisation avec tout le confort moderne (Global Village Construction Set — GVCS).

[20Voire notamment l’article de la revue électronique ADN : La guerre des métaux rares : le vrai coût écologique et géopolitique du tout numérique. Voire aussi, dès 2011, l’article de novethic, Publié le 02 février 2011 : MONGOLIE : LES TERRES RARES EMPOISONNENT L’ENVIRONNEMENT

[21Wikipédia [ ? Déchets d’équipements électriques et électroniques

[22Voire par exemple : Sciences et Avenir, Loïc Chauveau le 18.04.2018, La montagne des déchets électroniques continue de s’élever

[23France 2 - France Télévisions le 18/12/2017, avec Déchets électroniques : la pollution plus forte que jamais

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