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Transition ? — Rôle de l’alimentation ?

Le monde pourrait-il réorienter une partie des surfaces agricoles vers des productions industrielles, voire énergétiques ?

jeudi 28 mai 2026, par André-Jean

Résumé

L’alignement des régimes alimentaires sur les recommandations de l’OMS et la FAO avec des RÉGIMES ALIMENTAIRES SAINS ET DURABLES — PRINCIPES DIRECTEURS permettrait de réallouer plus de 1 milliard d’ha de terres cultivables (20% de la surface cultivable mondiale) et la production de 1,5 à 2,5 Gt/an de carbone biogénique. Les besoins en carbone de l’industrie chimique (hors besoins énergétiques) se chiffrent à moins de 1 Gt C/an. La faim en carbone pour la production de biocarburants pour les transports à longue distance (aviation, fret maritime, etc.) est en revanche beaucoup plus importante. Evidemment, une telle affirmation demande discussion et corrections éventuelles. Cependant, elle situe l’ordre de grandeur de la question. Une telle évolution permettrait-elle d’atténuer la double contrainte imposée par la réduction de la consommation de ressources carbonées fossiles ? Si oui, les choix d’affectation des ressources nécessaires pour les productions de biomasse (terres, eau, etc.) ne reviendraient-ils pas, encore plus qu’aujourd’hui, entre les mains de la société toute entière. Réorienter les consommations alimentaires apparait comme une priorité en vue d’un développement durable. Cela ne mériterait-il pas d’être approfondi pour un débat public ?

Rappels : Réduire les gaz à effets de serre (GES) et l’érosion de la diversité biologique->

Cet article apporte des précisions à une préoccupation exprimée dans le cadre de la mission inter-conseil-généraux animée par Sylvie Alexandre en 2012 et retranscrite dans l’article Aurons-nous à manger demain ? et en particulier des interrogations dans le volet Nourrir le monde... et mieux. Ces interrogations ressurgissent à l’occasion de l’initiative de Michel Dron passé président de l’Académie d’Agriculture de France avec la création du groupe de coordination sur les Pertes et Gaspillages. L’article Productions perdues, gaspillées, carrément néfastes ou mal orientées ? s’interroge. Enfin, Pierre Texier a œuvré à l’actualisation du tableau présenté dans le rapport de la mission sus-mentionnée, sur les Utilisations de la biomasse. Le présent article s’appuie également sur un travail de dialogue avec des outils d’intelligence artificielle, "Mistral AI" et "Claude AI" dont les prompts et les réponses sont joints.

La Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement tenue à Rio de Janeiro au Brésil du 3 au 14 juin 1992 a acté que les modes de développement du 20ème n’étaient pas durables. Pour les infléchir, plusieurs documents et accords internationaux sont issus de cette conférence :

  • le programme Agenda 21 ;
  • la déclaration de Rio sur l’environnement et le développement ;
  • la déclaration de principes concernant les forêts ;
  • la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques ;
  • la convention des Nations unies sur la diversité biologique ;
  • la convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification.

Depuis, les synthèses issus des travaux menés par les équipes de scientifiques de par le monde ont confirmé les craintes déjà identifiées à Rio et ont décrit des scénario pour réduire les conséquences les plus dommageables pour l’humanité et les ressources communes :

Le consensus répété à longueur de COP Conférence des Parties est que l’humanité doit réduire ses consommations de ressources fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) cause des principales émissions de gaz à effet de serre (GES) et les érosions des diversités biologiques.

Le GIEC détaille les stratégies pour réduire les émissions de GES :

  • Transition vers les énergies renouvelables et décarbonées,
  • Améliorer l’efficacité énergétique dans les bâtiments (isolation) et les industries,
  • Sortir du charbon, et décarboner les processus industriels,
  • Utiliser des combustibles et carburants produits sans émissions de carbone (hydrogène vert, biocarburants, etc.), utiliser des matériaux produits sans émission de carbone,
  • Electrifier les usages (notamment dans les transports),
  • Réduire et valoriser les déchets,
  • L’agriculture, la forêt, l’alimentation, y ont une part importante avec la réduction des déforestations, des modes d’agriculture durables et régénratives, une réduction de la consommation de viandes au profit d’une consommation accrue de protéines végétales,
  • etc.

Les travaux scientifiques détaillent aussi comment augmenter les puits de carbone, c’est à dire les processus et procédés qui permettent de soustraire une partie du gaz carbonique (CO2) de l’atmosphère :

  • Boiser et reforester, et gérer durablement les forêts,
  • Développer l’agroforesterie, et restaurer les tourbières,
  • Favoriser les pratiques agricoles stockant du carbone,
  • Protéger les écosystèmes côtiers et notamment les mangroves,
  • Utiliser longtemps des matériaux à base de carbone (bois, fibres végétales, etc.),
  • Développer les technologies de capture et stockage du carbone (CSC),
  • Fabriquer des matériaux à base de carbone (plastiques, béton, ou carburants synthétiques),
  • Créer des puits de carbone artificiels,
  • etc.

On le voit l’agriculture et la forêt, c’est à dire la gestion des terres, ainsi que les débouchés de leurs productions, sont source de 30 à 35 % des émissions de GES et 25 à 30 % des puits naturels de capture et séquestration. Cette part serait encore supérieure en ce qui concerne l’érosion de la diversité biologique.

Or l’agriculture assure à elle seule la presque totalité des ressources pour répondre aux besoins physiologiques de l’humanité. Ces derniers sont évidemment prioritaires. Mais, est-ce le cas de toutes les productions de ce secteur, toutes doivent-elles bénéficier de la même priorité ? Les articles déjà mentionnés dans notre résumé s’interrogent.
Le plus récent, Productions perdues, gaspillées, carrément néfastes ou mal orientées ? rappelle notamment que, dès 2011 la FAO publiait PERTES ET GASPILLAGES ALIMENTAIRES DANS LE MONDE — AMPLEUR CAUSES ET PRÉVENTION et que, à la suite en 2011, « Reconnaissant l’existence d’opinions divergentes concernant les concepts de régimes alimentaires durables et de régimes alimentaires sains, les pays ont demandé l’avis de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur ce qui constitue des régimes alimentaires sains et durables. Ces deux organisations ont conjointement organisé une consultation internationale d’experts sur les régimes alimentaires sains et durables du 1er au 3 juillet 2019 au siège de la FAO à Rome, en Italie, afin d’aborder ces questions. Cette dernière a adopté des principes directeurs sur ce qui constitue des « Régimes alimentaires sains et durables », principes qui arrivent à un moment où le débat concernant la durabilité des régimes alimentaires figure parmi les priorités des gouvernements, des organisations internationales, des organisations de la société civile, du secteur privé et du monde universitaire et de la recherche. » Ces RÉGIMES ALIMENTAIRES SAINS ET DURABLES — PRINCIPES DIRECTEURS ont été publiés par les deux agences de l’ONU en 2020. Et ces préoccupations sont reprises chaque année depuis 2020 avec une Journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillages de nourriture, le 29 septembre Les principes directeurs formulés sont depuis explicitement référencés dans les déclinaisons européennes et nationales des politiques publiques concernant l’alimentation.

Du coup l’article déjà mentionné interpelle Y aurait-il excès alimentaires ?. Il décline cette question à propos des produits addictifs, du sucre, des matières grasses, de la viande. Au terme de cet article, on s’interroge : Quelle part de la SAU pourrait-elle être réorientée grâce à une alimentation saine des Français ? C’est cette dernière question que le présent article a l’ambition de documenter un peu plus en ordre de grandeur et à l’échelle mondiale.

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Combien représentent les flux de matière organique utilisés par les humains ? — Combien de biomasse collectée ?

Krausmann & al. ont estimé en 2008 que l’appropriation mondiale de biomasse terrestre par les activités socio-économiques humaines s’élevait à environ 18,7 milliards de tonnes de matière sèche (18,7 Pg/an) en l’an 2000, ce qui représentait approximativement 16 % de la production primaire nette terrestre mondiale (une fois déduite la biomasse utilisée par les plantes pour leurs besoins physiologiques, notamment avec la respiration). Sur ce volume, environ 12,1 Pg/an (65 %) était économiquement utilisé, tandis que les flux indirects (biomasse détruite lors des récoltes mais non utilisée) représentait 6,6 Pg/an (35 %).
Cette même étude précisait l’utilisation de cette biomasse, avec 58 % pour l’alimentation animale (fourrage, pâturage, résidus), 20 % comme matières premières (bois de construction, fibres, etc.), seulement 12 % pour l’alimentation humaine directe, et 10 % pour le bois de chauffage. Ainsi, selon les régions du monde, l’élevage consomme entre 30 et 75 % de toute la biomasse récoltée. C’est de loin la première source de prélèvement de biomasse. Il faut cependant rappeler que les ruminants sont, seuls, capable de digérer la cellulose et de la transformer en biomasse assimilable notamment par les humains. Et, il faut également souligner que l’essentiel de ce qui est collecté pour les animaux va, in fine, vers l’alimentation humaine qui représente donc environ 70 % de la destination de la biomasse utilisée par les humains. Ces travaux estiment enfin qu’environ 40 à 55 % de la biomasse que l’humanité prélève chaque année retourne effectivement aux sols, sous différentes formes (déjections animales, résidus et déchets agro‑alimentaires ou domestiques). Actualisé à 2023-2025, les quantités de biomasse appropriée par les humains s’élèvent à 22-24 Gt Ms/an. La part qui retourne aux sols diminue à 30-45 %. Le pourcentage de restitution baisse un peu en raison de l’intensification des usages énergétiques et industriels des résidus. Traduit en termes énergétiques, la collecte de biomasse représente 374–408 EJ/an, soit environ 9 000–9 700 Mtep/an. La matière organique rendue aux sols représentant 61 à 79 EJ/an soit 1 455 à 1 885 Mtep/an. A comparer aux 600 EJ d’énergies mobilisées par les humains à l’échelle mondiale. 10 %, à la fois peu et cependant non négligeable.
On pourrait s’interroger : cette biomasse pourrait-elle être mieux valorisée. On connaît les rôles essentiels de ces retours qui argumentent une réponse négative :

  • maintien de la fertilité organique,
  • cycle de l’azote et du carbone,
  • stabilité structurale et infiltration,
  • biodiversité microbienne,
  • limitation de l’érosion,
  • réduction du besoin d’intrants chimiques.

Une « extraction énergétique » trop forte appauvrirait les sols. On pourrait théoriquement valoriser différemment la biomasse, mais cela dégraderait les sols et augmenterait la dépendance aux engrais.

Pour revenir aux flux de biomasse, en 2012 Pierre Texier et André-Jean Guérin avaient fourni un schéma des flux de biomasse collectés et utilisés à l’échelle mondiale dans le cadre de l’élaboration du rapport mentionné plus haut sur « Les usages non alimentaires de la biomasse ». Dans l’article Productions et utilisations anthropiques mondiales de biomasse, ils se sont attachés à actualiser ce schéma. Ils donnent des estimations cohérentes avec les chiffres précédents rassemblés avec l’aide de Claude-AI. En 2023, selon les statistiques de la FAO (même si celles-ci sont discutées), il y aurait eu ainsi un prélèvement d’environ 20 milliards de tonnes (Pg) de matière sèche. Le schéma détaille les utilisations de cette biomasse. Il apparaît, là aussi, que l’alimentation humaine directe (aliments issus des productions végétales) et animale (consommations de produits animaux par les hommes) représentent plus de la moitié des utilisations de la biomasse et que l’essentiel est constitué par les produits animaux.
Cette dernière considèration apporte du crédit à la question en fin de partie précédente avec une focalisation sur une évolutions des régimes alimentaires : Quelle part de la SAU pourrait-elle être réorientée grâce à une alimentation saine ?

Retenons que les flux de carbone correspondant à ceux de la biomasse appropriée représentent entre 4,8 et 5,7 milliards de tonne de carbone par an (4,8 - 5,7 GtC/an). Mettons en regard les flux de carbone pour la carbochimie à l’exclusion de celle des carburants et combustibles fossiles :

Carbone fossile mobilisé en chimie organique en GtC/an
Plastiques "0,30 – 0,33"
Chimie organique hors plastiques "0,22 – 0,28"
Engrais azotés (urée) "0,09 – 0,11"
Bitumes et asphaltes "0,10 – 0,12"
Lubrifiants "0,03 – 0,04"
Fibres synthétiques "0,04 – 0,05"
Pharma/cosmétiques "0,01 – 0,015"
Autres matériaux "0,01 – 0,02"
TOTAL "0,80 – 0,95 GtC/an"

L’humanité mobilise 5 à 7 fois plus de carbone biogénique que fossile dans les usages non énergétiques. Pourrait-elle couvrir ses besoins industriels (non énergétiques) à partir de la biomasse fossile ? Attention cependant :
– le carbone biogénique est majoritairement cyclique, consommé puis restitué
– le carbone fossile est additionnel et s’accumule dans l’atmosphère après usage
– seul le bois‑matériau constitue un puits temporaire (≈ 0,47 GtC/an stocké).
Et on a déjà vu plus haut un ensemble de raisons pour lesquelles une réduction des restitutions de carbone vers les sols serait préjudiciable. Et à la question : "Demain l’humanité pourrait-elle se passer de carbone fossile en affectant seulement 20% de plus de carbone biogénique à des usages industriels ?" La réponse est négative car, même si les volumes de carbone semblent proches, le carbone biogénique ne peut pas remplacer le carbone fossile non énergétique en n’augmentant sa mobilisation que de 20 %. Plusieurs contraintes physiques, écologiques et chimiques l’empêchent :
– disponibilité réelle de biomasse,
– compétition avec l’alimentation et les sols,
– propriétés chimiques différentes,
– limites de durabilité,
– spatialisation des flux.

Cette conclusion est claire. Pourrait-elle être provisoire, liée aux modes de consommation actuels, susceptible d’évoluer ?
Car l’humanité va devoir diminuer sa consommation de carbone fossile, voire s’en passer progressivement à la fois pour réduire son impact délétère sur les changements climatiques et parce que les ressources en carbone fossile (charbon, pétrole, gaz naturel) s’amenuisent et leur approvisionnement devient très dépendant des situations géostratégiques changeantes. l’Union européenne souffre déjà des deux pénuries. Cette situation et les perspectives pessimistes qui l’accompagnent donnent du poids à la consommation de carbone biogénique mobilisé par l’humanité pour son alimentation, notamment à travers l’alimentation animale.

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Toutes les productions alimentaires sont-elles aussi indispensables ?

C’est la question déjà soulevée dans de précédents articles mentionnés dans le résumé plus haut. Sur une telle question, il est possible de mobiliser une recherche sur "Claude AI". Je joins l’échange avec user.ia. La question était :

Echange avec Claude AI

L’échange avec Claude AI, y compris le prompt, est consultable sur le document joint.
L’agent de Anthropic a simplifié la question : "quelle part de la production agricole mondiale alimente réellement le besoin humain physiologique, et quelle part sert des usages superflus, nocifs, ou largement excédentaires ?"

Et Claude souligne le caractère majeur de la question telle que reformulée. En réponse, il apporte de nombreuses précisions.

Revenons à notre question, réexplicitée par Claude : « quelles surfaces, quels flux de biomasse, d’énergie et de carbone pourraient être libérés si ces “excès” étaient réduits pour s’aligner sur les recommandations FAO/OMS (régimes sains et durables) ? » Il note le caractère majeur de la question posée, et il répond : "Pour structurer la suite, je vais proposer une trajectoire de travail basée sur des estimations robustes, sans faire de généralisation normative et en respectant ton approche :
–* distinguer nutrition physiologique et “consommations alimentaires” au sens large ;
–* intégrer les dimensions sanitaires ;
–* mesurer les opportunités de réallocation vers les usages industriels / énergie ou la restauration écologique.

Nous présentons certains éléments de réponse dans un tableau :

Surface de terres occupées par des productions excessive ou néfastes (Mha)
Drogues, alcool, tabac, stimulants 55–60 Mha
Excès de sucres 22–30 Mha
Excès de matières grasses 12–15 Mha
Excès de produits animaux 1 500–2 000 Mha
TOTAL “EXCÈS” NON RECOMMANDÉS 1,6 à 2,1 milliards d’hectares

Soit une peu moins de la moitié de toutes les terres agricoles du monde. C’est vertigineux.

La conclusion générale est massive :

Si l’on distingue correctement besoins physiologiques, alimentation utile, et consommations néfastes ou excessives, les ordres de grandeur changent entièrement :
Marge de manœuvre agricole mondiale ≈ 1,1 à 1,4 milliards d’hectares.
Carbone biogénique réallouable ≈ 1,5 à 2,5 GtC/an.
Substitution fossile possible : 100 %.
Bioénergies supplémentaires : 50–90 EJ/an.
Ce scénario est réaliste, sain, soutenable, et aligne santé publique, sécurité alimentaire et transition industrielle.

Cette réponse est sans doute très insuffisante et discutable sur plusieurs plans. Pour la France, l’article Productions perdues, gaspillées, carrément néfastes ou mal orientées ? estime, sous le même objectif, que 10 % des terres agricoles pourraient être réorientées. Estimation également discutable. En outre pour l’UE ou la France, il faudrait intégrer les échanges internationaux : difficile. Ces estimations n’en révèlent pas moins que l’une des priorités pour un développement durable à l’échelle globale passe probablement par une évolution (une transition ?) de nos pratiques de consommations alimentaires, évolution par ailleurs souhaitable en termes de santé individuelle et publique et de réduction des budgets sanitaires et sociaux. Si d’aventure, elle commençait à être mise en œuvre, alors la possibilité de réorienter les surfaces potentiellement libérées devrait être examiner avec attention et ceci demanderait des travaux et des propositions structurées.

En Conclusion : Aller au résumé

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