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Si je suis CHARLIE ...

vendredi 9 janvier 2015

Je serai à la République dimanche

Suis-je pour autant embarqué dans une guerre ? Une guerre de qui ? Une guerre pour quoi ? Une guerre contre qui ? Une guerre contre la liberté d’expression ? Une guerre contre la laïcité ? Une guerre contre les valeurs démocratiques ? Contre les démocraties occidentales ?

Une guerre engagée par qui ? Pour quoi ?

Une guerre qui trouve ses idéologues, ses camps d’entrainement, ses ressources dans des régions bouleversées depuis un siècle. Bouleversées par qui ? Bouleversées pour quoi ?

Des régions du monde où des pays ont été inventés et soutenus de loin dans un premier temps par des démocraties occidentales. Des pays confiés à des clans tribaux qui ont maintenu une culture traditionnelle comme un couvercle. Au profit de qui ? Pour en tirer quoi ?

Des pays et une région du monde d’où a coulé le sang de la civilisation occidentale durant tout le XXe siècle : le pétrole. La démocratie était née sur la masse des femmes, des esclaves et des métèques Athéniens. La démocratie moderne s’est déployée sur la masse des esclaves mécaniques gourmand en énergie.

Des pays et des régions où le pétrole bradé depuis un siècle revient sous la forme de flux immenses de pétrodollars et d’inégalités indécentes, où le couvercle culturel traditionnel ne peut plus être maintenu contre le spectacle de la richesse diffusé par la télévision et Internet.

Des pays et des régions du monde où le pétrole exporté depuis un siècle revient sous le flux irrépressible d’un réchauffement climatique déjà à l’œuvre. Des pays et des régions du monde où des sécheresses accrues et des pénuries alimentaires conduisent à l’exil, mais où l’espoir de migrer se heurte à des guerres et des barrières mortelles.

Des pays et des régions du monde dans lesquels certains justifient de retourner une partie de ces flux financiers dans des actes de guerre : forme tragique d’économie circulaire.

Chez Charlie, on ne caricature pas que l’intégrisme religieux. Les obscurantistes ou les irresponsables de nos formes insoutenables de développement sont aussi sous les crayons des dessinateurs.

Se battre pour nos valeurs nécessite-t-il des forteresses ? Peut-on imaginer une prospérité partagée ? N’est-il pas temps de lutter contre les sources profondes de la dérive du monde ?

Si « JE SUIS CHARLIE », ne faut-il pas continuer à poser des questions au-delà de la place de la République ?

Messages

  • Qu’on le veuille ou non, Charlie est devenu un symbole. Et ce symbole tend à devenir planétaire si l’on en juge aux reportages des télévisions. Cela ne me gêne pas de rendre hommage à Charlie. Charlie ce n’est pas seulement une revue humoristique décapante, ce ne sont pas que des dessinateurs et journalistes talentueux. Ce sont aussi tous ces morts, quelles que soient leurs origines et leurs religions, victimes de la bêtise assassine d’une poignée de débiles criminels. Un symbole : s’attaquer à Charlie, c’est aussi s’attaquer symboliquement aux valeurs qui fondent notre démocratie française : la liberté (liberté de la presse en particulier), la laïcité, la reconnaissance de l’autre (que je préfère à la condescendance de la tolérance), bref toutes ces valeurs pour lesquelles nos ancêtres – qui n’étaient pas tous des Gaulois – se sont battus. Ce qui est visé c’est l’héritage de Voltaire, c’est l’esprit des Droits de l’Homme, ce sont aussi les conquêtes politiques et sociales – y compris l’esprit de 68, de plus en plus attaqué même en interne – Ce n’est pas un hasard si, à l’étranger, on l’a perçu ainsi. En fait ces attaques sauvages c’est en quelque sorte l’hommage du vice à la vertu.
    Alors pourquoi ne donnerions nous pas un frère Charlie à notre Marianne et à notre Gavroche ? Certains feront la fine bouche, eu égard aux origines pas "politiquement correctes" du descendant de Hara-Kiri, qui se voulait bête et méchant. Mais après tout Marianne n’était-elle pas un symbole franc-maçonnique qui donc n’entraînait pas l’adhésion de tous ? Et Gavroche une espèce de "caillera" ?
    A dimanche donc.

    • Je te remercie Pierre pour ce commentaire.
      Comme toi, comme tous ceux qui manifestent ou les soutiennent ces jours-ci, nous voulons que les valeurs et la culture de notre "vivre ensemble" soient réaffirmés comme repère cardinal.
      Les personnes qui se sont exprimées dans les média, victimes directes ou indirectes, responsables politiques, simples citoyens, ont toutes rendu hommage aux forces de l’ordre, gendarmes et policiers notamment, mais aussi justice : elles ont su réagir efficacement en respectant nos lois et nos valeurs. Les services publics sont au cœur de notre modèle républicain.
      Mais n’oublions pas l’École. Elle doit en redevenir la clé de voute. La désacralisation, dont elle est victime de façon rampante depuis des décennies, profane les valeurs de notre société dont l’institution scolaire a la charge. L’érosion des pouvoirs des enseignants et des moyens de leur exercice réduit leur autorité à transmettre les valeurs et les savoirs indispensables à chaque futur citoyen français, européen et du monde. Quel valeurs et savoirs ont pu être transmis aux frères Kouachi ?
      Si nous voulons être Charlie, il nous faut aussi assumer les moyens de nos volontés.

  • - Oui l’école a un énorme travail devant elle afin de transmettre à nos jeunes les valeurs de la république, la tolérance (ou la reconnaissance de l’autre), la bienveillance...
    - Mais n’oublions pas les municipalités qui sont de plus en plus étranglées financièrement et qui ne peuvent plus aider des associations, faute de moyens. La cité a aussi un rôle important à jouer pour éviter la dés-errance des jeunes dans les quartiers.
    - Le rôle des éducateurs de rue me parait également indispensable. Il faut augmenter leur nombre et multiplier les MJC et autres associations afin de proposer à ces jeunes des lieux de parole, d’activités et d’éducation.
    - Enfin n’oublions surtout pas le rôle fondamentale de l’éducation au seing de la famille qui me semble être un maillon trop faible, voire inexistant dans certaines familles de nos jours.
    L’école n’y arrivera pas seule, surtout si elle n’est pas soutenue fermement et toujours remise en cause par les familles.
    - Moi, j’ai la chance de travailler dans une école avec une bonne mixité sociale et dans laquelle on peut encore enseigner mais franchement, je me demande comment font les enseignants dans certaines écoles...

    Je reviens de cette grande marche citoyenne et je suis émue de la mobilisation générale. J’espère maintenant que nos politiques seront à la hauteur de la France...

    Le nom de Charlie m’a donné envie d’écrire cet acrostiche :

    Connards
    Honte à vous d’
    Abattre froidement des
    Rêveurs d’Humanité, des
    Libres penseurs, des
    Innocents. Vous
    Etes des lâches

    Catherine

  • L’école n’y arrivera pas seule car elle ne peut agir sur tout et que son pouvoir faible est encore affaibli par un contexte défavorable .
    L’ascenseur social ne fonctionne plus ou si peu, le chomage des jeunes augmentent...
    Comment croire en l’école quand elle vous mène au chomage, comment croire au travail quand les parents ne travaillent pas.....
    Comment vivre sans but et sans espoir ? Impossible ! Alors on s’en remet aux sectes, aux religions, à tout ce qui peut mener à une reconnaissance ....
    Dans un univers de la performance individuelle, on peut comprendre que certains rêvent d’être des héros....
    Il ne s’agit pas d’excuser mais de tenter de comprendre afin de savoir comment combattre .

  • Réflexions pertinentes, mais qui m’évoquent immédiatement le spot TV qui avait été créé il y a quelques années aux Etats-Unis : on y voyait un possesseur de 4 X 4 faire le plein, et on suivait les flux financiers correspondants passer aux émirs du Moyen-Orient, puis à de pseudo-organisations caritatives islamiques, et enfin à des djihadistes.

    Quelle réponse ? Le débat sur l’indépendance énergétique de l’occident. Et sa solution : les hydrocarbures non conventionnels.

    Nous y sommes en plein depuis quelques semaines, avec la baisse accélérée du prix du pétrole, et la couverture de The Economist, « The new economics of oil : Shale v Sheikhs ».

    Comme, par ailleurs, il est quasi-certain que tous les hydrocarbures conventionnels finiront par être consommés (et consumés), le solde net est un accroissement des quantités de CO2 émises d’ici à la fin du siècle ou un peu au-delà. Quant à la baisse des prix, elle est dangereuse pour l’émergence des énergies renouvelables. Souvenons-nous du coup d’arrêt à leur développement et du démantèlement des équipes de recherche, du milieu des années 80 à celui des années 90, du fait du « contre-choc pétrolier ».

    Donc, tout ce que tu dis est vrai, mais à trop regarder « l’économie circulaire de la mort » due à la malédiction historique qui a fait de certains pays arabes les possesseurs de richesses absurdes (bienheureux les tunisiens, les jordaniens, les marocains et quelques autres, de ne pas avoir de pétrole et donc d’avoir su trouver les chemins d’une relative paix civile), n’oublions pas les effets pervers des pétrole et gaz de schistes, et autres sables bitumineux. Une catastrophe écologique bénie par le blanc-seing de l’indépendance énergétique de l’Amérique du Nord, ce n’est pas très réjouissant non plus.

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