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Les centrales allemandes au lignite tuent et les barrages Suisses menacent l’Europe

samedi 5 mars 2016

Tous les médias se sont fait l’écho de la demande relayée par les autorités allemandes et notamment le ministère allemand de l’environnement. RTL, parmi d’autres titre : Fermeture de Fessenheim : la France et l’Allemagne s’opposent fermement :
« L’Allemagne demande la fermeture de la centrale de Fessenheim dans le Haut-Rhin, qu’elle représente un "risque sécuritaire".
L’Allemagne demande à la France la fermeture "le plus vite possible" de la centrale nucléaire de Fessenheim. "Pour nous, il est très clair que Fessenheim est très vieille, trop vieille pour être encore en activité, a souligné ce porte-parole. Des réacteurs aussi vieux représentent un risque sécuritaire", a estimé, le 4 mars, un porte-parole de la ministre allemande de l’Environnement, Barbara Hendricks. Le même jour, deux médias allemands, le journal Süddeutsche Zeitung et la télévision régionale WDR, ont révélé qu’un incident a eu lieu dans la centrale il y a deux ans. Un incident suffisamment important pour que soit utilisé du bore, comme à Fukushima. »

Cela fait suite également à une plainte déposée par le Canton de Genève "pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui et pollution des eaux", dans un courrier reçu par l’AFP et annonçant une conférence de presse lundi 7 mars. L’avocate française Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement et fervente opposante à l’atome est chargée de défendre les intérêts suisses. Elle a affirmé à l’AFP que la plainte avait été déposée mercredi à Paris.

Etrange convergence ! Cécité ou rideau de fumée ?

Quels sont les dangers avérés des centrales nucléaires en France ? Combien y a-t-il eu d’accidents radiologiques liés au programme de production électrique nucléaire en France ? Combien de personnes ont-elles été concernées ? Combien de civils ? Avec quelle gravité ?

Exploitation de lignite en Allemagne

En revanche, quels sont les conséquences en terme sanitaire et de morts prématurés liés à la combustion du charbon et du lignite pour la production allemande d’électricité ? Pour l’OMS : sept millions de décès prématurés sont liés à la pollution de l’air chaque année. En Europe, l’Agence européenne de l’environnement considère : Pollution atmosphérique : plus de 430.000 décès prématurés en Europe par an. .« .. energy production and distribution ... is ... the biggest contributor to SOx and Hg emissions, representing 56% and 42% of total Sox and Hg EU‑28 emissions in 2013, respectively. The energy sector is the second most significant emitter of Ni and NOx, contributing to 37% and 21%, respectively, of its total emissions in the EU‑28 in 2013. From 2004 to 2013 the energy sector cut its emissions of all pollutants, with
the only exception being primary PM10, in the EU‑28. »

Combien de ces 430 000 décès prématurés annuels sont dus à la combustion du charbon et du lignite pour produire l’électricité en Allemagne : 0 comme avec le nucléaire, 10, 100, 1 000, ou des dizaines de milliers chaque année ? Combien sont dus aux polluants rejetés par les voitures qui rejettent bien plus que les normes et que les promesses des constructeurs ?
Combien de morts déjà et de malheurs dus aux changements climatiques dans le monde dont il faut rappeler qu’en Europe, l’Allemagne est la première des responsables puisque ce pays est, de loin, le plus fort émetteur de CO2 dans l’absolu et presque le plus élevé émetteur par habitant ?

Quant aux grands barrages, il faut se rappeler que les accidents les plus meurtriers dans l’histoire de quelques siècles de la production électrique leur sont imputables :

  • La rupture du barrage de Malpasset en France le décembre 1959 a fait 423 victimes et des dégâts matériels considérables, routes, voies ferrées, fermes, immeubles détruits. C’est une des plus grandes catastrophes civiles françaises du axe siècle [Barrage_de_Malpasset]. Certes ce barrage ne produisait pas d’électricité.
  • La rupture du barrage de Banqio en 1975 en Chine dans la Province de Henan provoqua 26 000 personnes morts direct et 145 000 autres durant les épidémies et la famine qui suivirent. 5 960 000 bâtiments furent détruits et 11 millions d’habitants furent touchés [Barrage_de_Banqiao].
  • La catastrophe de Morvi, survenue le 11 août 1979, est l’une des plus grandes catastrophes d’origine technique connue à ce jour. En effet, la rupture du barrage Macchu-2 près de Morvi (Inde) a fait selon les estimations entre 2 000 et 15 000 victimes.

Alors faut-il laisser, sans porter plainte pour "mise en danger délibérée de la vie d’autrui", se réaliser les travaux entre deux lacs de retenues du canton suisse du Valais pour que la STEP de Nant de Drance soit opérationnelle à partir de 2017 ? Faut-il, en outre, interroger la Suisse sur l’électricité utilisée pour pomper l’eau qu’elle turbinera ensuite pour produire une électricité comme « renouvelable » ?

Messages

  • Bonjour A-J,
    je ne suis pas favorable à ces bagarres de "cour de récréation " : je suis plus serieux ou moins dangereux que toi, tu pollues plus ou moins, etc..
    l’intelligence , la proximité et la communauté d’intérêts bien compris devraient nous réunir autour d’une table pour évoquer nos risques communs ou nos lectures différentes de projets ou réalisations. Il est absurde que dans un espace européen aussi réduit (sud Allemagne, Suisse , Alsace) il ne soit pas possible d’établir un minimum de concertation pour tracer des pistes intelligentes et faire converger nos intérêts régionaux sur cette question de production énergétique .
    Bravo pour ton papier sur l’Ethiopie, un superbe pays.
    Amities
    Pierre T.

  • La partie du message concernant la pollution atmosphérique et le nucléaire est parfaitement documentée. Concernant les barrages, il est clair que ceux-ci ont entraîné de très graves accidents. Mais les barrages suisses (et particulièrement la STEP en construction) sont-ils particulièrement dangereux ? Pour qui ? Pour l’Europe ?
    Je pense qu’il faudrait argumenter plus précisément.
    Paul MATHIS

  • merci pour ce rappel à la réalité de la pollution allemande.
    Par vent d’est AirParif mesure que sur Paris 40 % de la
    pollution aux particules fines vient des centrales allemandes
    (c’est d’ailleurs assez visible sur les cartes),
    mais les médias se gardent bien d’en faire état !
    La véritable écologie et la santé publique passent après le
    politiquement correct !

  • C’est un débat récurrent entre les pollutions et les risques engendrés par les diverses sources d’énergie. La seule question qu’on peut se poser, c’est pourquoi maintenant et pourquoi cette apparente concertation entre les suisses et les allemands.
    Sur le fond, il y a le fait que le nucléaire fait peur, parce que les radiations "on ne les voit pas", et parce que l’impact d’un accident comme Tchernobyl en Alsace résonne plus dans les esprits malgré son très faible risque d’occurrence ( et aussi en raison de la neutralisation d’une zone importante pendant une très longue durée), que les milliers de morts prématurées dues à la pollution du charbon ou une catastrophe ponctuelle telle que la rupture d’un barrage.
    Maintenant, sur le plan politique, je trouve que si François Hollande a dit qu’il fermerait Fessenheim avant la fin de son mandat, eh bien il ne lui reste plus qu’à le faire au lieu de se déjuger une fois de plus. Et sans s’embarrasser de raisons techniques.

  • J’avour ne pas très bien comprendre quel est le sens de cette attaque en règle contre un projet de step, et en particulier de la dernière phrase : "Faut-il, en outre, interroger la Suisse sur l’électricité utilisée pour pomper l’eau qu’elle turbinera ensuite pour produire une électricité comme « renouvelable » ?"
    Cette électricité pourrait-elle être fossile ? évidemment non, les centrales au gaz ou au charbon ont l’avantage de pouvoir être démarrées ou arrêtées à tout moment, donc n’ont aucun besoin de régulation par une step.
    Donc une step ne peut servir qu’à deux choses : aider les électricités renouvelables à potentiel de développement massif (éolien et surtout solaire) à régler leur problème de variabilité : je ne vois pas pourquoi tu t’y opposerais ; ou aider le nucléaire à absorber sa surproduction nocturne et à faire face aux ppointes de demande : vu ta défense de Fessenheim, je ne vois pas non plus pourquoi tu t’y opposerais.
    Et il y a même une 3ème possibilité, un mix des deux, donc deux fois plus efficace : dans un monde moitié nucléaire moitié solaire, une step pourrait absorber la surproduction nucléaire nocturne, puis déstocker tôt le matin, puis absorber la surproduction solaire en plein midi, puis à nouveau déstocker pour l’heure de pointe après le coucher du soleil. Avec une telle synergie, en tout cas à tes yeux, comment pourrais-tu là encore justifier ta phrase suspicieuse (toujours la même : "Faut-il, en outre, interroger la Suisse sur l’électricité utilisée pour pomper l’eau qu’elle turbinera ensuite pour produire une électricité comme « renouvelable » ?") ?
    Non, vraiment, je ne comprends pas ça de ta part.

  • Il est toujours plus facile d’accuser son voisin pour masquer ses propres turpitudes. Il n’en demeure pas moins vrai que la France devrait fermer un certain nombre de centrales vieillissantes quitte à en construire de nouvelles en attendant mieux.

  • Merci Denis pour ce commentaire. Il me conduit à m’expliquer un peu plus.
    Non, je n’ai rien contre les STEP. Bien au contraire, elles constituent aujourd’hui le moyen le moins coûteux de réaliser des stockages d’énergie, notamment dans la perspective de transferts intersaisonniers. Qu’elles soient donc réalisées en Suisse ou en France, et sous réserve du respect des obligations de sécurité et des préoccupations environnementales, je suis enclin à considérer qu’il s’agit d’investissements utiles.
    Cela n’exonère pas pour autant de se rappeler que les plus importants accidents industriels ont été le fait de barrages qui se sont rompus. Ils ont créé bien plus de malheurs et de dégâts que tous les accidents nucléaires réunis.
    Mon étonnement vient donc de voisins suisses qui portent plaintes en France contre une menace plus réduite que celle qu’ils acceptent sans mot dire de voire se construire chez eux, au-dessus de leur tête et de celles de nombre de voisins européens. Quand, en outre, on imagine qu’une partie de l’électricité nécessaire au pompage de la STEP, pourrait bien venir de la production nucléaire du voisinage français, on est pas loin de se demander s’il n’y aurait pas cécité ou, pire, intentions non révélées ?

  • La cécité des milieux écologiques allemands et européens en général aux risques que font courir, non seulement aux riverains, mais à l’Europe entière, les fumées des centrales à charbon est ancienne, et le moins qu’on puisse dire est que les médias ne les ont pas aidés à ouvrir les yeux. Pourtant Greenpeace , qui est d’habitude une bible dans ce milieu, a publié, en 2013 je crois, un rapport qui attribue environ 25 000 morts prématurées par an, à un panel des très grosses centrales polluantes d’Europe (mais il y en a beaucoup de plus petites, donc une enquête plus complète pousserait ces chiffres à la hausse), dans lequel les centrales allemandes se taillent la part du lion.

    Il n’est pas compris non plus que partout où des centrales nucléaires ont été construites à la place de centrales à charbon, un nombre important de morts prématurées a ainsi été évité. Cela a pourtant été écrit par le célèbre climatologue James Hansen, qui cite un chiffre de près de 300 000 pour la France.

    Une information importante de ce post, que je n’avais pas, est que si les émissions de SOx et de NOx de ces centrales ont diminué depuis dix ans en Europe ( c’est effectivement relativement facile à faire) il n’en est pas de même des microparticules, qui rappelons-le, sont les principales responsables des problèmes de santé créés. Il n’existe pas non plus de procédé industriel de captage du mercure, dont les fumées des centrales à charbon sont les principales pourvoyeuses de ce type de pollution. En fait, contrairement à ce que j’espérais, la dangerosité de ces centrales n’a donc pas vraiment diminuée depuis dix ans.
    Il faut également ajouter à ces dégâts ceux des gigantesques exploitations à ciel ouvert de lignite avec des excavations de plusieurs centaines de mètres de profondeur sur des centaines de km2, accompagnées de la destruction et de la pollution des nappes phréatiques et du réseau hydrographique. Les mêmes qui n’ont pas de mots assez durs pour dénoncer les exploitations de sables bitumineux canadiens deviennent subitement muets quand il s’agit des exploitations de lignite de la région de Cologne, à deux pas de chez nous, qui procèdent de la même manière.

    Les Allemands ont également programmé la construction de 30 GW de centrales à charbon, qui seront là pour 60 ans. Cela montre qu’ils ne croient en fait pas vraiment aux renouvelables pour la production d’électricité, et qu’il s’agit là de cinéma. Par contre, ils savent qu’ils ont encore un siècle de lignite sous leurs pieds. Il faut donc s’attendre à ce qu’ils continuent très longtemps de polluer ainsi massivement l’atmosphère européenne, avec l’accord tacite de leurs écologistes.

    Donc oui, la réponse du berger à le bergère serait d’intenter des actions en justice pour faire fermer ces centrales, qui mettent incontestablement en danger la vie d’autrui, et pas seulement en Allemagne.

    Une remarque pour finir : Fessenheim est critiquée pour son éventuel manque de résistance à un tremblement de terre majeur. Mais je vois que toutes les centrales japonaises ont bien résisté à un tremblement de terre d’une intensité inimaginable dans la vallée du Rhin. Il a fallu un tsunami pour venir à bout de l’une d’entre elles. Par contre énormément d’installations industrielles polluantes ont été dévastées par ce tremblement de terre, mais çà n’a pas préoccupé grand monde dans les médias français. Si les Allemands craignent les conséquences d’un tremblement de terre majeur sur Fessenheim, il leur faudrait en urgence examiner de près, et nous faire connaître, la résistance de leurs usines de produits chimiques dans la vallée du Rhin. Ils ne le font bien sûr pas, ce qui montre que tout çà, c’est aussi du cinéma.

  • En complément à cet article :
    la régulation de la puissance de la centrale de Fessenheim par injection de Bore dans le circuit primaire est un mode normal de fonctionnement,
    tout comme l’insertion des barres de contrôle (dites noires) !

    Le communiqué allemand repose sur le fait que, dans la procédure d’arrêt en Allemagne, l’action sur les barres de contrôle doit être fait en premier.

    Le spécialiste allemand en a tiré la conclusion que si l’injection de Bore avait été utilisée en premier lors de l’incident de 2014 à Fessenheim, c’est que les barres de contrôles n’étaient pas disponibles et donc que la centrale était dans une situation dangereuse !
    L’ASN a publié un communiqué à ce sujet et a réaffirmé le classement de l’incident au niveau 1 de l’échelle INES : http://www.asn.fr/Informer/Actualites/Incident-du-9-avril-2014-reacteur-1-de-Fessenheim

    Tout ceci illustre la difficulté à parler sereinement et rationnellement du nucléaire

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