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Après le rapport spécial du GIEC sur les terres

Sentiers de terres

Relecture critique de plusieurs articles de ce site

samedi 28 septembre 2019, par André-Jean

Les travaux réunis dans le rapport spécial du GIEC, Changement climatique et terres, appellent à relire, corriger ou conforter plusieurs des articles de notre site.

Changement climatique et terres propose une traduction française provisoire, dans l’attente de la version officielle, du résumé pour les décideurs du Rapport spécial du GIEC sur le changement climatique, la désertification, la dégradation des sols, la gestion durable des sols, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres rendu public le 8 août 2019. Les synthèses de travaux scientifiques, les scénarios et trajectoires, les options de réponse, réunis par les communautés interdisciplinaires de scientifiques et validés par les représentants des États, font à présent référence. Sur notre site, plusieurs articles abordent les questions de gestion et d’affectation des terres et des sols, de potentialités de productions et d’utilisation, en lien avec les changements climatiques. Il s’agit ici, à la lumière des travaux du GIEC, de préciser ce qui peut être conforté et ce qui demande à être corrigé ou questionné, au fil du survol de quelques uns de ces articles.

Aurons-nous à manger demain ?

Le résumé pour les décideurs du rapport Changement climatique et terres,

A1.4. [...] Actuellement, 25-30% de la nourriture totale produite est perdue ou gaspillée (degré de confiance moyen). [...] Les changements dans les habitudes de consommation ont contribué à ce que près de 2 milliards d’adultes soient maintenant en surpoids ou obèses.

conforte les chiffres mentionnés dans notre article dans Gaspillages et pertes alimentaires.
Les options de réponse explicitent les bénéfices des régimes alimentaires :

B6.2. Des régimes équilibrés, comprenant des aliments à base de plantes, tels que ceux à base de céréales secondaires, légumineuses, fruits et légumes, noix et graines et les aliments d’origine animale produits dans le cadre de systèmes résilients, [...] pourraient libérer des surfaces de plusieurs Mkm2.
B6.3. La réduction des pertes et du gaspillage alimentaires peut [...] contribuer à l’adaptation par la réduction de la superficie terrestre nécessaire à la production alimentaire.
[...]
C2. Les politiques appliquées dans tout le système alimentaire, y compris celles qui réduisent les pertes et gaspillages de nourriture et influencent les choix alimentaires, permettent une gestion plus durable de l’utilisation des terres, une sécurité alimentaire renforcée et des trajectoires à faibles émissions. De telles politiques peuvent contribuer à l’adaptation au changement climatique et à l’atténuation de ses effets, réduire la dégradation des sols, la désertification et la pauvreté, ainsi qu’améliorer la santé publique.

Aurons-nous à manger demain ?, notre article aborde la Production de biomasse végétale et, à la suite, l’Utilisations de la biomasse. Des estimations des grandeurs en jeu sont fournies. Selon des approches complémentaires, l’humanité exploiterait ainsi moins de 10 % du total de la production primaire nette de biomasse. Or, le rapport Changement climatique et terres, retient une estimation bien supérieure :

A1.1. La population utilise actuellement entre le quart et le tiers de la production primaire nette potentielle des terres pour l’alimentation humaine et animale, les fibres, le bois et l’énergie.

Entre moins de 10 % et plus de 25 %, difficile de ne voir qu’un simple décalage dans les années de référence. Sans doute, faudra-t-il diverses corrections, actualisations ou explicitations pour Aurons-nous à manger demain ? Cela pourrait conduire à revoir aussi quelques autres articles qui s’appuient sur les chiffres de ce dernier.
Le résumé pour les décideurs renvoient au rapport complet (1.1, 1.2, 3.2, 4.1, 5.1, 5.5, figure SPM.1). Au chapitre 1, on trouve p. 1-9 :

Humans appropriate one quarter to one third of the total potential net primary production, i.e. the NPP that would prevail in the absence of land use (estimated at about 60 GtC yr-1 ; Bajželj et al. 2014 ; Haberl et al. 2014), about equally through biomass harvest and changes in NPP due to land management. The current total of agricultural (cropland and grazing) biomass harvest is estimated at about 6 GtC yr-1, around 50–60 % of this is consumed by livestock. Forestry harvest for timber and wood fuel amounts to about 1 GtC yr-1 (Alexander et al. 2017 ; Bodirsky and Müller 2014 ; Lassaletta et al. 2014, 2016 ; Mottet et al. 2017 ; Haberl et al. 2014 ; Smith et al. 2014 ; Bais et al. 2015 ; Bajželj et al. 2014)(see Cross-Chapter Box 7 : Bioenergy and BECCS, Chapter 6).

Le rapport d’évaluation du GIEC publié en 2013 (groupe de travail 1) donne une représentation du cycle du carbone à l’échelle mondiale (Chapitre 6, Figure 6.1, p. 471). Selon cette rapport, la production photosynthétique terrestre brute s’élèverait à 123 GtC an-1 en phase avec le chiffre de 120 GtC an-1 mentionné dans l’article Aurons-nous à manger demain ? Avec 60 GtC yr-1, le GIEC estime la production photosynthétique végétale nette (production brute diminuée de la respiration végétale) à un niveau sensiblement inférieur à celui retenu dans notre article (170 Gtms an-1, soit 80 à 90 GtC an-1). C’est probablement la première et plus importante cause de l’écart constaté dans la proportion prélevée par l’humanité.
Le prélèvement humain, estimé par le GIEC dans Changement climatique et terres représenterait 1/4 à 1/3 de ces 60 GtC yr-1, soit entre 15 et 20 GtC yr-1, soit presque le double en poids de matière sèche et un équivalent énergétique équivalent à au moins 12 à 17 Gtep an-1. 4 fois la consommation annuelle de pétrole ou de charbon, près de 5 fois celle de gaz naturel, cela n’est-il pas beaucoup ? « ...equally through biomass harvest and changes in NPP due to land management. » est-il la seconde cause de l’écart constaté ? Comment se calcule cette NPP totale et celle appropriée par l’humanité du fait des changements dans la gestion des terres ? Et si l’appropriation annuelle totale de biomasse par l’humanité devait dépasser en équivalent énergétique la totalité des consommations énergétiques annuelles, ne faudrait-il pas y accorder encore plus d’attention ?
En tout état de cause, des compléments et éclaircissements seraient bienvenus pour mieux cerner les quantités et les enjeux qui les accompagnent ! Le graphique des Utilisations de la biomasse serait à revoir et actualiser.

Le rapport du GIEC, Changement climatique et terres (notamment dans de nombreuses options de réponse B1. , B2. , B4 et B5.), explicite ce que notre article avait regroupé sous les terme d’Intensification de l’agriculture.

L’intelligence du vivant pour le climat

Pour cet article, le rapport du GIEC permet de reprendre le tableau l’Esquisse d’une estimation des potentiels d’atténuation du secteur des terres et des filières agro-alimentaire et forêt-bois :

Esquisse d’une estimation des potentiels d’atténuation du secteur des terres et des filières agro-alimentaire et forêt-bois
Les quantités sont en MtCO2eqPotentiel monde 2050 selon le GIEC
Agriculture, élevage de 2 300 à 9 600
Changement des régimes alimentaires, réduction des pertes et gaspillages de 700 à 8 000
Bioenergy et BECCS jusqu’à 11 300
Reforestation et restauration des forêts jusqu’à 10 100
Afforestation (affectation des sols) jusqu’à 8 900
Addition de biochar dans les sols jusqu’à 6 600
Le cumul des réductions ne pourrait pas être atteint jusqu’à 54 500 pour un total d’émission anthropiques de 52 000
Part de l’objectif d’atténuation Même ordre de grandeur que les émissions anthropiques net des puits océaniques et terrestres actuels

Ces chiffres confirment le rôle crucial que le secteur des terres pourrait jouer dans l’atténuation des changements climatiques.

Manifeste pour décarboner l’Europe ou aussi Décarbonons !

Le rapport du GIEC conforte le Manifeste pour décarboner l’Europe et en particulier parmi les 9 propositions pour que l’Europe change d’ère celle pour Réussir le passage à une agriculture durable et celle plaidant pour Développer la séquestration du carbone par les forêts européennes. Cette dernière fiche a été approfondie et précisée dans un article publié par la revue forestière Quel avenir pour la forêt européenne face au changement climatique et à l’objectif de neutralité carbone ?

Quelle(s) énergie(s) pour demain ?

Dans Quelles ressources énergétiques les humains utilisent-ils ?, la Ventilation des utilisations de la biomasse collectée par les hommes estimée en millions de tonne équivalent pétrole par an pour 2012 est tiré du graphique des Utilisations de la biomasse. Il doit être actualisé avec ce dernier. De même le tableau Productions annuelles mondiales 2016 par sources d’énergie estimées en milliards de tonne équivalant pétrole doit prendre en compte les éclaircissements sur les prélèvements effectifs de biomasse de l’humanité discutés plus haut.

Sauvons les sols !

C’est évidemment aussi un message central du rapport du GIEC. Le numéro spécial de Responsabilité et Environnement N° 91 - Juillet 2018 traite de Sols en danger : réduire l’artificialisation.

Retenons

D’autres articles de notre site pourraient également être enrichis à la lumière du rapport spécial du GIEC Changement climatique et terres. Retenons surtout que ce dernier constitue un appel pressent à ce que Pour atteindre zéro émission nette en 2050 ... Au moins faudrait-il gouverner la terre !


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