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Au robinet, que devrait-on payer, l’eau ou sa disponibilité ?

dimanche 14 décembre 2014, par André-Jean

Économiser l’eau en récupérant la pluie apparaît comme une bonne affaire, surtout quand les tarifs augmentent plus vite que le pouvoir d’achat. La multiplication de telles initiatives ne va pas toutefois sans soulever de redoutables difficultés collectives.

Le prix de l’eau, variable selon les villes et les régions, croissant au cours des dernières années, fait l’objet de l’actualité. L’eau du robinet demeure 100 à 300 fois moins chère que celle achetée en bouteille, sans compter les emballages et déchets plastics qui accompagnent celle-ci. A l’inverse, des encouragements ont été prodigués pour une réduction des consommations d’eau traitée avec des aides accordées pour la récupération des eaux de pluie et leur utilisation en arrosage et pour les besoins sanitaires. Les économies monétaires viennent à l’appui de motifs environnementaux.

Demeure pourtant essentiel — on a tendance à l’oublier — l’accès permanent au service de l’eau et, à sa suite, celui de la collecte et le traitement des eaux usées. Comment « Choisir l’eau du robinet », comment assurer la sécurité d’approvisionnement en l’absence de pluie, s’il n’y avait pas tout le service public de l’eau en amont du robinet ? Mais, comment assurer le financement de ce service quand un nombre croissant d’abonnés réduisent leur contribution ?

Pour comprendre la question, il faut plonger dans les comptes (L’économie de l’environnement en 2012). L’eau arrive aux logements après avoir été captée, traitée et conduite par des dispositifs coûteux en investissement. Et de même ensuite pour son évacuation et son épuration avant restitution au milieu naturel. Ces investissements s’élèvent à environ 6,5 Mds€ pour 2012. La disponibilité des services de l’eau et de l’assainissement génère des coûts de fonctionnement qui représentent environ 17 Mds€ en 2012. La plupart de ces dépenses de fonctionnement, à l’instar des investissements, n’est pas proportionnelle à la quantité d’eau délivrée aux compteurs mais dépendent de la taille du réseau et du nombre de raccordements. Au total les coûts fixes atteignent toujours plus de 80 % et jusqu’à 95% des dépenses de ces services (L’économie des services de l’eau et de l’assainissement).

Or les tarifs pour paiement de ces services sont à présents pour l’essentiel fonction de la quantité d’eau livrée au compteur : eau potable, eaux usées, redevances et taxes. Il y a de bonnes raisons : éviter un coût fixe important pour les ménages modestes, réduire la consommation d’eau. Cette dernière incitation est efficace. De plus en plus d’utilisateurs captent l’eau de pluie, réduisent leur consommation d’eau du réseau, et voient leur facture ainsi baisser.
Mais, ces auto-producteurs d’eau n’en demeurent pas moins des abonnés au service collectif. Ils conservent la sécurité d’approvisionnement du réseau, ils consomment l’eau potable (2% des utilisations quotidiennes) et ils évacuent leurs eaux usées dans le réseau, y compris celles captées de la pluie (ou d’un forage domestique). Dans le même temps leurs contributions aux investissements et aux coûts fixes se reportent sur les épaules des contribuables et des ménages en habitation collective, parfois les plus modestes, qui ne disposent pas de la possibilité de s’équiper.

Cette évolution récente commence à poser des difficultés aux responsables de réseaux d’eau. La trop grande disparité entre la structure des coûts du service (fixes et proportionnels) et celle des tarifs de facturation (abonnement et consommation) en est la cause.

Une telle disparité pourrait bien avoir le même genre d’inconvénient dans le domaine des énergies distribuées par des réseaux techniques (électricité et gaz). Dans les collectivités territoriales, avec des coopératives, groupes d’habitants, coopérations d’entreprises, territoires ou immeubles à énergie positive, etc. le développement local des productions et consommations des éoliennes, des panneaux photovoltaïques, du biogaz, etc. ne manquera pas de poser en de nouveau termes la question du financement des réseaux et des capacités de fourniture lors des pointes de consommation, celle du stockage lors des excédents de production. Le principe de la péréquation tarifaire (un des piliers des services publics à la française) ne pourrait-il pas être mis à mal dans l’avenir ? Ne conviendrait-il pas d’analyser les gagnants et perdants de la mise en œuvre de ce principe dans le passé et d’anticiper les évolutions qui pourraient en résulter dans divers scénarios de décentralisation accrue des modes de production-consommation énergétique ?
N’y aurait-il pas là matière à un intéressant programme d’étude ?

Messages

  • On peut ajouter que la qualité de l’eau au robinet dépend du débit dans les canalisations. Si le débit baisse, l’eau stagne plus longtemps dans les tuyaux et les bactéries ont le temps de se développer...
    On n’en est pas encore là, mais...

  • « Merci pour cette excellente analyse sur l’eau. Je la trouve très convaincante. PM »

  • Cette analyse est fort intéressante, et s’applique en effet à tous les réseaux centralisés de distribution (gaz, électricité, eau). Mais il y a quand même quelque chose qui m’ennuie.
    J’habite à la campagne, et depuis trente ans toutes mes eaux usées allaient en fosse septique. Celle-ci, bien entretenue et régulièrement vidée, ne produisait, à ma connaissance, aucune pollution des eaux avoisinantes. Mais ne voilà t-il pas que l’an passé j’ai été mis en demeure, comme tous mes voisins, de me raccorder, à mes frais, au réseau d’assainissement récemment mis en place par la mairie et le Conseil Général, avec une station d’épuration "bio", en application de je ne sais plus quelle loi. Il m’en a coûté quelques milliers d’euros, sans compter la part de mes impôts locaux sur cette affaire, et la taxe d’assainissement que je vais maintenant devoir acquitter. Et cela pour un service rendu à l’utilisateur égal à zéro, et même négatif en termes financiers. Ici, au lieu d’aller vers plus de local et plus d’autonomie, on a fait le chemin inverse, vers plus de centralisation. Je ne suis pas sûr que tes arguments sur la disponibilité et le service s’appliquent dans ce cas, et qu’on est beaucoup plus dans une démarche de pérennisation de la rente pour les fournisseurs.

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